1794, récit d'une bataille au pays basque

Récit d'une bataille au pays Basque en 1794, archives départementales des Hautes Pyrénées, reçu et affiché à Castelnau Rivière Basse

                                                                      Du Comité de salut public

                                                                         PINET et CAVAIGNAC

                                                                       représentants du peuple

              Prés de l'Armée des Pyrénées occidentales & départements voisins

              à leurs collègues composant le comité de salut public de la convention nationale .

             Des Aldudes, le 15 prairial, an second de la république française, une & indivisible

Citoyens collègues,

La campagne vient de s'ouvrir dans cette armée sous les plus heureux auspices. Depuis longtemps l'espagnol occupait les Aldudes, toutes les positions qui défendent ce village & le col d'Ispéguy : c'est de ces hauteurs qu'il défendait l'entrée de la vallée de Bastan, il fallait s'en rendre maître pour faciliter notre irruption de ce côté sur le territoire espagnol. Nous nous sommes rendus à Nive-Franche ; la résolution en a été prise, les dispositions ont été faites en notre présence . Aujourd’hui, le plus grand succès vient de couronner les efforts & l'intrépidité de nos braves soldats. C'est aprés quatorze heures d'une marche pénible sur les plus hautes montagnes, & dans des rochers escarpés, que les colonnes ont commencé leur attaque sans avoir voulu prendre le moindre repos, tant leur impatience de combattre était grande: le feu a été très vif sur tous les points; c'est principalement à Berdarits que l'ennemi a opposé une longue & opiniâtre résistance. Cette position qui commande les Aldudes, était défendue par deux redoutes presque inexpugnables ; la colonne avec laquelle nous avions marché, devait les emporter. A dix heures du matin l'attaque a commencé; à 11 heures un quart, nos braves camarades, ayant à leur tête le brave Harispe, commandant du second bataillon basque, ont sauté au pas de charge dans la première redoute qui était défendue par deux pièces de canon de douze. Au milieu de la seconde redoute était une maison crénelée ; les espagnols qui s' y étaient renfermés tiraient sur nous sans craindre d'être atteints ; le pas de charge n' y pouvait rien ; nous n'avions que des fusils & des baïonnettes, & les canons de la première redoute avoient été encloués ; nos braves soldats n'en répondaient pas moins au feu de l'ennemi avec leur courage ordinaire . Un volontaire a été tué à dix pas de la redoute ; les canonniers qui étaient attachés à la colonne, ont enfin réussi à désenclouer une pièce ; alors protégés par la canonnade, nos soldats, qui avaient entouré la redoute, y ont fondu avec impétuosité, en ont franchi les fossés défendus par plusieurs rangs de palissade , & ont terminé par cette action l'une des plus belles journées. Le nombre de nos morts est d'environ 25 dans les quatre colonnes ; celui des blessés se porte à 50 : vous aurez la consolation d'apprendre que presque aucun ne l'est dangereusement ; le général de brigade Lavictoire , aussi intrépide que bon républicain , l' a été grièvement au premier feu qu'a fait sur nous le première redoute . Le jeune Harispe, l'ayant remplacé dans le commandement, s'est conduit avec beaucoup d'intelligence & de sang-froid ; aidé du courage des soldats, il n'est pas douteux que c'est la manière dont il a dirigé l'attaque & à la confiance qu'il inspirait à l'armée, que nous devons le succès ; nous avons cru devoir le mettre à même de rendre de plus grands services à la république, à l'élever à un grade supérieur. C'est dans la première redoute de Berdarits que nous l'avons nommé adjudant-général chef de brigade; nous espérons que la convention nationale nous approuvera . Les chefs qui commandaient les colonnes se sont conduits avec distinction: Lefranc , chef de la brigade de la 40me demi brigade, a enlevé à la baïonnette le col d'Ispéguy. Vous verrez par la copie de la lettre que vient de nous écrire ce brave officier ce qui c'est passé dans l'affaire qu'il a dirigé: L'ennemi a perdu beaucoup de monde; nous lui avons fait quatre cent quatre vingts prisonniers, au nombre desquels sont prés de cinquante officiers, dont quatre colonels ou lieutenant-colonel. La légion des émigrés s'étoit enfuie au moment où notre armée a été aperçue, nous en avons pris cependant douze, nous allons au col d'Ispéguy, & delà nous retournons à la droite de l'armée.

Avant de terminer cette lettre , nous devons donner un éloge particulier au zèle, à l'activité, à l'intelligence du commissaire général Dubreton, administrateur rare, qui, dans deux fois vingt-quatre heures, a prévu tout, pourvu à tout, pour assurer le service en subsistances, fourrages, effets de campement, transports dans des montagnes presque inaccessibles. Il avait pris des mesures, telles que sur le champ de bataille même , nos frères d'armes ont reçu des secours aussi prompts qu' efficaces.

Salut & fraternité

les représentants du peuple, PINET & CAVAILLAC, signé

Au camp d'Ispéguy, le 15 prairial , l'an 2e de la république une & indivisible.

Copie de la lettre du chef de brigade , commandant le camp d'Ispéguy, aux représentants du peuple prés l'armée des Pyrénées occidentales

La journée d'aujourd'hui a été bien avantageuse pour la république, & bien honorable pour les défenseurs. Dés six heures du matin nous avons forcé, au pas de charge , & à la baïonnette, tous les postes retranchés de l' ennemi à la droite & à la gauche du col d'Ispéguy. Nous leur avons fait environ quatre vingt prisonniers, soixante de ces satellites ont resté sur le carreau: nous avons aussi enlevé leur camp, dont les effets sont à notre disposition.

Chose presque incroyable, mais bien réelle, à l'assaut de sept postes sur les rochers les plus escarpés, nous n'avons perdu que quatre hommes, dont un officier mort au poste d'honneur, Nous avons eu vingt blessés, parmi lesquels il n'y en a que quatre qui le soient dangereusement.

                                                                       Vive la république! LEFRANC

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